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25 avril 2008
Nicolas show.
J'ai eu l'impression de voir parfois sa caricature dans les Guignols : "cool-zen-lexomil". Sa manière lénifiante de dire "c'est quand même incroyable, Mam Auger, que dans tous les pays du monde etc...", le gyaky juji jime suivi du hiza guruma tapis dans le regard, l'épaule qui tressaute. On sentait bien que la p'tit Mam Auger, il lui souhaitait de ne pas le croiser un soir dans une rue sombre et déserte...
On n'est pas encore au mois d'août, le fond de teint 3 tons trop sombre de PPDA était mal étalé et celui de Vincent Hervouët faisait effet-masque sur le front (et ce disgracieux capuchon noir dans la bouche, franchement !), c'était un peu ridicule. Je remarque que Nicolas était quant à lui nickel-chrome. Encore un coup du gang des maquilleuses UMP...
Sur le fond, dès le départ, le Président annonce la couleur : en fait, il avait anticipé la désamour des Français, rien de plus normal, Monsieur Pujadas, et la métaphore footeuse pose dès le départ le ton de l'interview : Nicolas va s'adresser au populo. Y va espiquer avec des images pour que tout le monde y comprenne bien. D'ailleurs, il a bien insisté : ses erreurs étaient des erreurs de com-mu-ni-ca-tion. Il a pas bien espiqué aux Français à quel point toutes ses mesures étaient géniales. Dont acte.
La France, comme le PSG, est en première division, mais la France, comme le PSG, a eu de mauvais entraîneurs pendant, oh la la, 25 ans ; maintenant, y a des équipes comme Carquefou partout, la France est lanterne rouge ! Mais moi, nouvel entraîneur à la Guy Roux, moi je vais réhabiliter la valeur travail, moi je vais rendre la fierté d'être français, moi je vais vous donner le sentiment d'être protégé. Mes joueurs sont "de mauvaise humeur" (et, plus discrètement, des feignasses assistées : "le problème de la France, c'est qu'on ne travaille pas assez" ; "soit c'est le contribuable qui paie, soit c'est le 'usager ; on ne peut pas subventionner tout le monde") c'est normal, mais bon, hein, depuis que j'ai été élu, le monde a changé.
En clair, il a fait des erreurs sur la forme, sur la com, mais aucune sur le fond : c'est pô sa faute.
Nicolas annonce les 4 grands changements mondiaux dont un seul (la crise des subprimes) était en fait imprévisible. Lorsque Christine Lagarde annonçait une prévision de croissance à 2,5 %, que tout le monde se scandalisait de cet optimisme béat en avançant les arguments dont s'est paré Nicolas hier soir pour justifier la faible croissance, en fait, à l'époque, Nicolas pensait que tout le monde avait tort et que le monde allait bien. Faut comprendre, il a une équipe de bras cassés autour de lui, y savait pas, à l'époque. Et pour s'en sortir, Nicolas a enfin trouvé LA méthode : 'Il faut vouloir, compter sur ses propres forces." C'est beau comme du Guy Roux.
Le plus remarquable de la soirée, c'est l'insistance sur le misérablisme de la fonction :
- Je fais un des métiers les plus difficiles du monde, avec les journées qui sont les miennes...
- La charge de Président est une charge si lourde. Tous les jours on doit prendre des décisions difficiles. Il y a une semaine, j'avais sur les épaules la vie de 30 personnes...
- J'ai une décision à prendre toutes les... 10 minutes, alors oui, des erreurs, j'en fais.
- Il y a tellement d'attente, de souffrances, et j'ai tout ça sur mes épaules...
Et encore, je n'ai pas tout retenu. Pauv'bichon d'amour, Carla va te faire une papouille en rentrant, et tu écouteras un disque de Chimène Badi, ça ira mieux demain.
J'aime beaucoup Yves Calvi. Allons-y en fait : je vénère Yves Calvi. Merci d'exister Yves Calvi, tu es mon dieu cathodique. En plus, tu étais tout cravaté et gominé de frais, j'ai pas l'habitude de te voir comme ça, ça m'a émue, t'imagines pas ! Et puis, tu poses les bonnes questions, et même si Nicolas a qualifié ta question 'd'hypocrite" sur les sans papiers, moi, je t'ai trouvé glorieux, bravo, Yves. Sur les sans papiers, donc, l'esquive : on parle du taux de chomage des étrangers en situation régulière, ce qui n'a rien à voir avec le scandale des sans papiers qui travaillent et paient des impôts depuis des années et qu'on renvoie "chez eux". Rien.
A un moment donné, j'ai cru qu'on allait sortir du discours convenu : Nicolas annonce 475 millions d'Africains de moins de 17 ans et déclare qu'il faut "une politique de développement pour l'Afrique". PAUSE !!! me dis-je, stop ! Revenons sur le recul de la France dans la solidarité mondiale pour les pays pauvres ! Quel codéveloppement ? Comment ? Qui ? Quoi ??? Mais ils ne demandent rien ! Ils insistent encore sur les consignes données aux préfets ! Argh ! Pour une fois que ce sujet venait sur un tapis médiatique, que j'aurais aimé qu'il en touche au moins deux mots, mais non !
Et là, le pompon de la soirée, l'hopital qui se fout de la charité, des seringues et de l'asile, si j'ose dire :
"On voudrait faire changer la loi à chaque fois qu'un sujet fait un coup médiatique."
Ce qui n'est pas du tout la méthode même de gouvernement de Nicolas. Pas du tout, lui, il ne joue jamais sur l'effet médiatique de l'événement, réfléchit ses réformes pendant des mois avant d'en parler avec prudence à quelques journalistes triés sur le volet. Fichtre !
Décue sur l'éducation, même s'il annonce des baisses d'horaires pour les élèves (ce avec quoi je suis bien d'accord globalement, à voir comment on le met en oeuvre, sur quoi on rogne...), passe la pommade aux profs, estime qu'on leur en demande de plus en plus et qu'ils sont malheureux et propose comme solution... des heures sup. Bien, logique. Ne prend pas la perche sur les zones difficiles, aucun mot là-dessus. Et pourtant, il y aurait à dire !
Le président-candidat encore lorsqu'il passe aux excès du capitalisme financier : discours volontariste et creux, parole-magique à nouveau : "Il faut poser les règles européennes de transparance. Nous devons avoir une emprise, on ne peut pas faire n'importe quoi..." Bref, rien. L'intéressement des salariés au tiers des profits a l'air bien, vu comme ça, mais comme il n'y a eu aucune précision...
Rien de bien excitant dans cette soirée donc, du Nicolas qui communique de façon clairement communicante, qui s'éxonère, malgré les apparences, de toute responsabilité, qui ne reconnaît pas d'erreur d'orientation de sa politique.
Une question me turlupine : pourquoi a-t-il parlé de "garçon" à propos de Xavier Bertrand ? Ca serait pas un peu dépréciatif comme terme ? Ou c'est juste sa condescendance naturelle envers tout le monde qui lui a échappé ?
Sur la politique étrangère, une seule énorme, invraisemblable chose : "La Chine aide la monde pour éviter le drame au Darfour." Je ne comprends pas. Comment ose-t-il proférer une horreur pareille ? 300 000 morts, et la Chine qui s'oppose systématiquement aux sanctions de l'ONU contre le Soudan. Pour un peu, il aurait affirmé que la Chine avait envoyé le bateau chargé d'armes pour assurer la sécurité des opposants à Mugabe. C'est inquiétant, cette façon qu'il a de caresser la Chine dans le sens du poil, à un point tel que même les dirigeants chinois doivent s'en étonner. Pour un peu, il la qualifierait de modèle démocratique. Plus encore qu'en matière de politique intérieure, c'est son attitude sur la scène internationale que je trouve scandaleuse. Real politik oui, lèchage de pompes, non. Et Nicolas me semble bien trop courbé vers les sandales chinoises.
08:07 Publié dans Politique - actu | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note




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Commentaires
Hello!
J'avais mieux à faire que de regarder cette intervention du roi de l'esbrouffe. Merci pour le généreux condensé et félicitations pour ce nouvel endroit d'expression!
à bientôt
Ecrit par : mistersuperolive | 25 avril 2008
Comment tu as fait pour tenir jusqu'au bout ? Dix minutes, pas plus, et j'ai zappé. Bravo pour ton abnégation et merci pour ton résumé et tes commentaires.
Ecrit par : Boga | 25 avril 2008
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