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30 avril 2008

Ca me démange.

J'ai envie d'y retourner, une envie énorme.

Je viens de pianoter pour comparer les vols pour Delhi pour mi-juillet.

Ou j'y vais, ou je suis raisonnable et je m'occupe de mon achat immoblier. Pas commencé à y penser sérieusement. Je veux pas grandir.

Je veux retourner en Inde. Un sac sur le dos, un pantalon et un tee shirt sur moi, mon visa et zouh.

Pfff, je sais pas quoi faire.

Dans la tête des filles.

Je me suis retrouvée cette nuit à faire des choses que la morale réprouve avec un certain gars, enfin, après quelques mois de fantasmes débridés. Mr X - gardons son identité secrète - s'était enfin décidé à m'inviter à dîner mais, enflammé par son désir réprimé depuis aussi longtemps, ne put attendre que nous ayons franchi la porte de son appartement pour me sauter dessus tel l'homme des cavernes sous viagra. Nous nous dégustâmes donc en guise d'apéritif, je ne détaillerai pas, c'est un blog sérieux ici, oh, non mais.

Le seul hic, c'est que ça s'est passé dans mes rêves, m'enfin c'est peut-être aussi pour ça que c'était aussi bien. Bref.

Nous nous retrouvâmes, toujours plus débraillés et débridés, dans un ascenseur, puis dans un grenier, et enfin sur la table d'un restaurant où j'étais allée en Inde (?!?), menant bon train une découverte de nous-même fort plaisante, ma foi.

Mais nous décidâmes de garder... le plat de résistance pour plus tard, ce grand timide avait en effet invité des amis pour dîner avec nous (!?!). Il était donc grand temps d'entrer enfin chez lui : l'Inde laissa à nouveau la place à un immeuble bien d'chez nous.

Cherchez pas, c'est un rêve, j'vous dis.

Là, le gars se rend compte qu'il a oublié d'acheter des cigares pour ses invités, et me demande de m'en occuper pendant qu'il prépare le dîner. Bonne fille, la tête pleine de bulles de toutes les couleurs, la peau en feu, je me dirige vers une officine où...

...

...

...

Je fais la queue pour me faire faire un brushing. Il y a foule, mais soudain, un appel strident retentit...

"Shakti ! Youhouuuuuuuuuuuuuuuuuu ! Shaktiiiii !"

...

...

...

Ma mère.

Avec ma grand-mère.

Y a eu comme un flop dans la dimension érotique du truc. Et impossible de rejoindre mon mâle...

Quand je vous disais que les femmes, dans leur tête, y a plein de trucs compliqués !

François Bizot, Le Portail.

Dans la pile qui devient vertigineuse des livres qui s'empilent sur ma table de chevet, ceux que je pose près de mon lit pour "lecture urgente", j'ai retrouvé, planqué au fond, ce livre que j'ai commencé il y a un bon moment, mais que les circonstances la paresse des lectures faciles de polars m'a fait oublier. Après une journée de 9 heures de corrections (je remets ça demain :-(, j'ai décidé de m'accorder une pleine soirée lecture et oh plaisir, je farfouille, je tombe sur ce livre, je le finis, dans la foulée, éblouie, en diagonale je le relis, et toute groggie, j'écris.

493156119.jpgEn 1999 est arrêté Douch, patron à l'époque du régime des Khmers rouges du camp de Tuol Sleng, S 21, surnommé "la machine de mort khmère rouge" par Rithy Panh, le réalisateur du film-documentaire éponyme et saisissant.

 C'est la première fois que François Bizot revoit son "malheureux ami", son geolier et l'homme à qui - plus encore qu'il ne le croyait jusque là - il doit la vie sauve (Bizot apprend, après l'arrestation de Douch, que Ta Mok, surnommé le Boucher, avait juré sa perte et avait prononcé son arrêt de mort par deux fois. Ce n'est qu'à la persévérence de Douch, qui a fait appel à Pol Pot, que Bizot doit la vie...).

François Bizot a été le prisonnier de Douch dans le camp d'Along Veng, le M 13, en 1971. Pendant trois mois se noue entre l'érudit amoureux du Cambodge ancestral et l'ancien professeur de mathématiques réfugié dans le maquis une étrange relation presque fraternelle ; Douch, tout en obligeant François Bizot à rédiger d'interminables "déclarations d'innocence", semble tout faire pour adoucir ses conditions de détention, lui fournissant une bûche pour se réchauffer la nuit, du lait concentré, lui permettant de se laver dans la rivière. Etrangement surtout, c'est son insistance à lui faire formuler ses recherches sur le bouddhisme qui orientent la pensée de Bizot, et l'obligent à aiguiser sa rigueur scientifique.

Un jour, après trois mois pendant lesquels il a vu des gens disparaître les uns après les autres, sans - vraiment - savoir ce qui leur arrivait, il entend Douch lui annoncer :

"- Vous avez été démasqué ! Vos calculs ont été entièrement déjoués !"

... et le Khmer ne comprend pas pourquoi les jambes de Bizot lachent et qu'il s'effondre. Il le réconforte tout de suite, sincèrement contrit :

"- Allons, c'était une blague ! Tu vas être libéré !" (p. 146).

Indice d'un esprit amoral et incapable d'empathie ? Inconscience totale d'un esprit naïf ? Embrigadement idéologique qui annihile tout recul et toute émotion ?

1140915144.jpgDouch fait partie de cette catégorie de gens qui fascinent mais surtout dérangent depuis le début du 20e siècle : les criminels de masse à sang froid, les machines à tuer humaines. Douch est marié, a été prof, se marre, a une tête sympa et rigolote et est considéré comme responsable de 40 000 morts. Bizot lui-même ne parvient pas à faire le lien entre ce maigrichon tour à tour sérieux et rigolard et la machine à signer des ordres de torture (lisez cet article, c'est édifiant) de S 21, celui qui hurle à la mort en frappant sauvagement les prisonniers.

"Je ne pus me résoudre à identifier l'homme épris de justice que j'avais connu avec le chef des tortionnaires de cette gôle abjecte, comptable de tant d'infâmies. Par quelle monstrueuse métamorphose était-il passé ?" (p. 435).

Dans le premier chapitre, Bizot revient à la mort de son père :

"Le jour de la disparition de mon père, je compris qu'il emportait avec lui tous les masques protecteurs dont je m'étais affublé pour vivre, pour surmonter ma souffrance, j'allais comme le révolutionnaire devoir faire table rase du passé, et composer un à un de nouveaux gestes, choisis pour leur efficacité immédiate."

Le parallèle est saisissant avec Douch, qui choisit aussi pour ligne de conduite l'efficacité immédiate au service de l'Angkar, celle qui consiste à utiliser la torture la plus radicale, pour faire avouer leur fautes au "espions de la CIA." Quelle "mort du père" a fait tomber le masque de Douch et l'a ramené à la pré histoire, à l'anté humanité ? La monstruosité, dont on sait pour de bon qu'elle n'est pas l'apanage des monstres, n'attend-elle qu'un affaissement d'une figure tutélaire pour écraser les tabous religieux ou moraux ?

Bizot conclut qu'aucune transformation n'a eu lieu entre le Douch qu'il a connu et le tortionnaire de Tuol Sleng :

"Mon malheureux ami n'a subi aucune tranformation. Rien n'a changé : en bon élève (...) il a continué le même travail, dans le même cadre familier, fait de chaînes cliquetantes et de face décharnées, poursuivant sans plaisir mais toujours avec rigueur les mêmes objectifs de sureté : expurger le pays des ennemis (...)" (p. 435).

Mais quand Bizot se trouvait dans le ventre de la bête, il fallait bien "apprivoiser l'épouvante" et voir, dans le tortionnaire dans lequel l'Histoire voit un monstre, ce qu'il était en réalité : juste un homme aux prises avec une idéologie délirante. L'Angkar, est devenu la seule famille des maquisards, jeunes hommes sur qui des responsabilités énormes pèsent - Douch est appelé "Ta Douch", "grand-père Douch", comme tous les jeunes gardes, par marque de respect. Dans un régime où les enfants deviennent les aïeux, comment l'ordre juste pourrait-il subsister ? Bizot, à la fin du livre (littérairement superbement construit), écrit :

"dans la fatigue de cette longue matinée, tandis que l'azur pâlissait sous la chaleur, je voyais, par-dessus le convoi des réfugiés qui mangeaient, (les) yeux sombres couverts de broussaille argentée (de mon père), posés sur moi, emplis d'amour." (p. 399)

Douch, lui, ne devait voir peser sur sa nuque que les regard suspicieux de ses co-tortionnaires, l'Angkar ayant érigé comme règle les séances d'aveu de culpabilité de groupes ; après que chacun a avoué ses "crimes" de la journée :

"L'Angkar bien-aimé vous félicite, camarades, pour ces aveux si nécessaires au progrès de chacun. Tentons maintenant sans crainte, afin que nos action puissent resplendir à jamais, d'aider notre frère à discerner ses propres erreurs, celles qu'il n'a pas confessées, parce qu'il n'a pas su les voir. Qui veut s'exprimer ?

Un des plus jeunes leva le doigt..." (p. 94-95)

Douch lui-même, 7 ans après l'épisode Bizot, fera torturer et assassiner son ancien grand ami et protecteur Von Veth à Tuol Sleng. At oy te.

Moralité : un papa aimant même mort vaut mieux qu'une idéologie utopiste pour construire une psyché équilibrée.

Et quand les deux déconnent, ça peut donner des Rudolph Lang, le personnage plus que largement inspiré de Rudolph Hoess dans La mort est mon métier de Robert Merle : un père complètement fondu remplacé par la famille idéologique délirante du nazisme peuvent produire des machines bien huilées de cette sorte.

92233997.jpgIl y aurait beaucoup d'autres choses à dire sur le magnifique livre de François Bizot, sa critique virulente de l'aveuglement des pays occidentaux - au premier rang desquel la France, une rencontre avec Jean Lacouture au début du livre en témoigne, entre autres choses. C'est dire que ce livre parle du Cambodge mais ouvre la réflexion sur les thèmes toujours d'actualité de l'ingérence, de la vision du monde par le prisme européen, des belles et grandes utopies confrontées à la réalité, du rôle de la presse...

Une lecture essentielle. Je me demande pourquoi j'ai mis si longtemps à le finir. C'est profond, subtil, précis, humain. Faut lire Bizot. Allez hop.

 

29 avril 2008

Perles du jour.

Une petite pause avant d'attaquer les copies suivantes (j'ai une vieille crampe qui commence à crisper ma main droite et l'émail des dents qui menace de sauter à force d'en grincer...). Bilan sur une éval en 4e, qui portait sur la critique sociale au 18e, quelques questions de cours (donc tout avait été soigneusement étudié, mais je pense qu'eux est moi n'étions pas dans la même dimension à chaque fois ; c'est fou cette capacité qu'a le gnome à être physiquement présent tout en étant parfaitement impérméable à toute forme d'instruction !), et quelques questions sur de très courts extraits de Voltaire, Montesquieu, Diderot...

1. Quel maladie le roi de France était-il censé guérir ?

la peste, la pesture, les pistures, la maladie pistelleu, la jaunisse.

La bonne réponse était bien sûr les écrouelles, cherchez pas à comprendre.

2. Qu'est ce qu'une société ? (réponse attendue, vue en cours : un groupe de gens qui obéissent aux mêmes lois) :

Une société, c'est quelqu'un qui dirigent beaucoup de gens dans un société, c'est lui qui donne les ordres.

Une société, c'est là que je peux avoir mes outils.

3. Qu'est ce que la tolérance ?

C'est quand tout le monde s'habille comme il veut ou donner une opinion et si on tolère le racisme.

4. Comment s'appelle un régime où le peuple a le pouvoir ?

une révolution, une monarchie.

5. D'après Condorcet, que garantit l'éducation aux hommes ? (réponse attendue : l'indépendance).

C'est décrire qui ignore l'arithmétique.

6. D'après D'Hollbach, comment l'homme peut-il surmonter les superstitions ?

L'homme peut surmonter les superstitions en étant plus ignorant ; l'homme peut surmonter les superstitions grâce à l'astrologie ;

7. Donne un synonyme de tyrannie.

désastre ; démocratie.

8. donne une synonyme de "raisonner".

il a raison.

Allez, hauts les coeurs, j'attaque les troisièmes ;-)

28 avril 2008

L'art de la séduction.

Méthode de drague imparable, vécue aujourd'hui. En rentrant d'une promenade, dans une ruelle presque déserte, deux types à moitié bourrés, gros regard bien gluant, bien beuuurrrkk, reluquage de poitrine, rire gras, et l'un des deux, plus téméraire que l'autre :

"Ouais, mais ça doit être mariée, ça, warf warf warf."

Connard, même après 25 ans sur une île déserte en compagnie de seuls cactus, t'aurais pas une chance.

Eurk.

Un homme n'a JAMAIS à vivre ce genre de truc. Je "redoute" chaque année (un peu exagéré, quoi que...) l'arrivée des beaux jours où on range les gros pulls et les cols roulés, et où on sort les hauts près du corps et les vêtement fluides bien plus sexy, parce que si des regards appréciateurs discrets sont toujours très agréables, des remarques grasses dans ce genre-là sont malheureusement monnaie assez courante.

Faut pas, les gars. Même dans le désespoir total, faites pas ça. Ca ne mène à rien, à part au mépris absolu de la dame. C'est... salissant, en fait.

Eurk.

Mes secrets de beauté.

Décidément, j'adore les chaînes où on me met dedans, ça me donne l'impression d'avoir plein d'amis (ouais, ça fait pauv' fille, mais j'assume totalement ;-)

Donc mon blogueur préféré a pensé à moi pour une chaîne un peu particulière : ce facétieux Embruns a en effet détourné une chaîne de fiiiiiiiiiiiiiiiiiiilles, "dis-moi ce que tu mets comme crème de jour - je te dirai qui tu es" version "nous, les mecs, sommes des femmes comme les autres" (je plagie, je plagie). Et ce cher Franck n'a rien trouvé de mieux que de me mettre dedans -seul membre féminin, je précise, faisant planer un doute définitif sur ma féminité auprès de tout un lectorat webesque prompt à la dubitatitude sexuelle.

Je tiens tout d'abord à le clamer haut et fort : je suis une femme, une vraie de chez vraie, une avec des cheveux longs, qui couine devant les films d'horreur, une qui fait 6 régimes par mois tout en n'oubliant jamais de renflouer son stock de chocolat noir, et a de gros problèmes relationnels avec sa mère. Une femme normale, quoi.

Ceci étant clairement posé, allons-y pour la dévoilure de mon intimité intime.

 

Mon fond de teint : je n'en portais jamais jusqu'à récemment, je n'en avais jamais trouvé de qui graisse pas, mais depuis que j'ai découvert "Accord parfait minéral, poudre minérale couvrance fond de teint" de chez L'Oréal, j'ai un teint de pêche et sans surcharge !

Un mascara : les rares fois où j'en ai mis, je me suis retrouvée à midi avec des yeux de panda drogué, rapport à ma tendance au frottage oculaire. J'ai donc laissé tomber ; faut dire que j'ai des yeux magnifiques, je n'en ai pas besoin ;-)

Une crème de jour : j'alterne entre Nourishing skin cream de chez Himalaya Herbals, dont j'ai rapporté des stocks d'Inde, et diverses crèmes de chez Uriage  et Avène... Parfois aussi, pour l'odeur et les bons souvenirs, de la Nivea.

Une marque de produits : la crème fraîche épaisse Champion et les oeufs Cocorette pour le masque peau sèche.

Un produit must : les trucs que je fabrique moi-même avec des fruits et des légumes ! Le masque orange-jaune d'oeuf-miel pour fait un teint de pêche et une peau toute douce et qui sent super bon ! Et le miel-poudre d'amandes-yaourt nature pour le gommage douceur !

Mon parfum : Rive Gauche, YSL, 4ever.

Mon magazine fétiche : National géographic (quoi ???) ; ouais, Biba dans les moments de grande solitude, d'accord !

Tu pars sur une île déserte, tu emportes quoi (3 produits max, dans crème solaire ni rasoir) : ben d'abord, moi, sans rasoir, je suis foutue, c'est dur ça ! Bon, j'emporte un énorme savon, un énorme pot de Nivéa, de la citronnelle, pour les moustiques.

La je ne sais pas s'il faut que je dise la femme ou l'homme que j'admire pour sa beauté, rapport que j'suis une fille, donc je vais faire comme les gars, ça ira plus vite !

La femme que j'admire pour sa beauté : Monica Bellucci.

La femme dont tu envies le look : Roselyne Bachelot... Rama Yade ;-)

Je me damnerais pour ressembler à : Sophie Marceau, dont j'aime beaucoup la beauté simple et fraîche.

La féminité c'est : la douceur (et un bon paquet de névroses).

Adresse blog/fashion préférée : Embruns, pour ses guides-régimes et ses tests en live (le Rude Boy est resté un moment absolument mémorable ! Bon, d'accord, c'est pas exactement lié à la beauté, mais en cherchant bien...). Pasque des vrais trucs sur la mode, je n'en lis pas, en fait !

Je refile le bébé à Olivier, David, Thomas (je t'avais oublié !!! Mais tu n'y couperas pas...) et je sais pas qui d'autre, parce que je sais que les gars qui me lisent ne le feront pas (sont un peu coincés, à l'UMP ;-)

C'était rigolo ;-)

 

 

Franck Thilliez (4) : La forêt des ombres.

Troisième note de lecture, rapide, sur un roman de F. Thilliez. Il s'agit ce coup-ci d'un huis-clos qui rappelle, pour le décor, la présence importante de la bibine, et la situation familiale des personnages Shining de Stephen King (indépassable dans le genre !), et pour d'autres aspects (un écrivain, une foldingue...) Misery du même incontournable Stephen King, qui a sans doute fait, en matière d'histoires qui font peur, le tour des situations anxiogènes ! Nombreux clins d'oeils d'ailleurs à ces deux modèles - à d'autres sans doute, de façon très évidente au "héros" du Silence des agneaux :

[On est loin] des Hannibal Lecter du cinéma. Du lissage cinématographique. Ici, tout n'est que furie, une délectation innommable, accouchée de la souffrance et du sadisme. Oter une vie pour un orgasme, déchirer les chairs pour se masturber avec, éclater les crânes et bander quand le sang jaillit. C'est ça, leur réalité ! Quand je pense que les gens en font des objets de culte, des sujets de discussion, bien au chaud dans leur petite vie tranquille. Certains les admirent même, vous imaginez ! (p. 266 ; Pocket).

Mettant le travail de l'écrivain (trop peu exploité à mon goût) sous le regard du lecteur, ce genre de traitement du thriller renvoie évidemment le lecteur à son propre plaisir dans la lecture de ces livres-là. A la part sombre en nous qui frissonne de dégoût et se délecte de la cruauté la plus immonde... Toujours déçue au moment de la confrontation finale, je n'y échappe pas, peut-être tout est-il trop rationnalisé, expliqué : le meurtrier s'explique en long, en large et en travers, sur toutes les raisons et tous les ressorts du pourquoi et du comment, et c'est assez fastidieux. Il manque ce côté Hannibal Lecter pour la folie froide, ou Jack Torrance pour la folie furieuse. Parce qu'on s'en fiche de la réalité, nous ce qu'on veut, c'est des frissons...

Un vrai plaisir toutefois, tout au long du livre : suspense haletant, jeux de pistes, tentation du surnaturel, et jeu de détournement des "grands classiques" du thriller font de ce livre un très bon moment de lecture !

27 avril 2008

Parcours artistique.

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Franck Thilliez (3) : Deuils de miel.

Très beau titre pour le coup pour la suite (et peut-être la fin ?) des aventures de Franck Sharko. J'ai fait la bêtise involontaire de lire celui-ci avant Train d'enfer..., ce qui est un peu dommage pour le suspense de Train d'enfer ; je peux difficilement en dire plus sans spoiler lourdement l'intrigue.

L'histoire est vraiment très prenante, et pour le coup, le personnage du flic devient au moins aussi intéressant que l'enquête criminelle elle-même ; il plonge dans les méandres de l'esprit d'un tueur diabolique, mais, pour des raisons que l'on apprend en partie dès le début du livre, on va, nous aussi, se retrouver pris dans le labyrinthe de l'esprit de Franck... Et ce n'est pas triste, ce qu'il a dans sa caboche cabossée, ce flic-là !

Du grand classique dans les composantes de l'intrigue du thriller, avec tous les ingrédients qu'il faut, dosés comme il faut ; la maîtrise du rythme est impressionnante, on ne s'ennuie jamais, encore un livre-allumettes : un de ceux qu'on lit jusqu'à ce que, tout à coup, on se réveille les lunettes de guiguois sur la truffe ! Avec en plus, ce coup-ci, une belle intrigue mêlée qui se déroule dans la psyché même de Sharko.

26 avril 2008

Franck Thilliez (2) : Train d'enfer pour ange rouge.

Malgré un titre un peu pourri en apparence, ce premier roman de Franck Thilliez tient toutes les promesses que peut tenir un auteur de thrillers à l'américaine. On y trouve du sexe trash - dans des backrooms SM :

"Première salle, salle de médecine. (...) Au centre, un homme bedonnant, riche en poils, sanglé sur la table tel un porc bien rose. Quatre femmes masquées, déguisées en infirmières, lui flagellaient avec tact les parties sensibles, lui arrachant chaque fois un râle de douleur. Ses bourses enflèrent et son sexe se tendit comme une matraque de CRS. Les officiants disposaient de divers instruments, genre rouleaux à ramollir les pâtes à pizza et, éventuellement, le sexe (...)" (p. 217).

 du sang, de la testostérone, des litres de café, un tueur sanguinaire et machiavélique, un flic solide et attachant (Franck Sharko, qu'on retrouve avec le plus grand plaisir dans l'excellentissime Deuils de miel), des larmes, du suspense, de l'amour, de l'amitié, des vannes foireuses - "Vous savez que la pisse de bison, c'est ce qui donne le goût à la vodka ? Sans la pisse, une vodka devient de l'alcool à patates  imbuvable." (p. 278), Doudou Camélia et ses transes, une profaïleuse, de la mystique médiévale, et l'incontournable police scientifique.

C'est dans les droites cordes du très bon thriller, mais ça se passe en France, entre la région parisienne (pas loin parfois de Melun - qu'on retrouve aussi dans Deuils de Miel) et le Nord (que j'ai bien du mal à prononcer sans prendre l'accent de Galabru, maintenant !).

L'ensemble est très documenté, chaque chose s'appelle par son nom même si cela défie parfois largement la logique d'ailleurs ; par exemple, un des personnages, un peu fêlé (euphémisme), aime les duels de gladiateurs. Franck Sharko arrive chez lui - Franck est le narrateur de l'histoire - et décrit la scène en ces termes :

"Trois gladiateurs croisaient le fer au centre d'une piste circulaire de sable. Deux d'entre eux, un rétiaire armé d'un filet et d'un trident, et un hoplomaque, équipé d'un lourd bouclier rectangulaire et d'une épée longue, s'érigeaient contre le troisième, un secutor à l'allure plus vive et à l'équipement extrêmement léger." (p. 360).

Peut-être mes lecteurs sont-ils bien plus érudits que je ne le suis, mais je n'ai pas trouvé, dans la vie de Sharko, de raisons à une connaissance aussi pointue de la terminologie des gladiateurs. Parfois aussi, les personnages se mettent à parler "comme des livres", se lançant dans une courte envolée lyrique. M'enfin, ce ne sont que des détails, on dira que l'auteur se fait plaisir ;-)

Le seul moment qui m'a déçue - dans ce roman comme dans Deuils de miel, décidément - c'est le moment de la confrontation avec le meutrier, lorsque celui-ci "explique" le pourquoi du comment au flic. J'espère ne pas trahir un trop grand secret en disant qu'à la -presque- fin du bouquin, les deux sont amenés à tailler une bavette. Cette bavette manque cruellement de... je ne sais pas... de crédibilité, ou de relief, j'ai du mal à déterminer ce qui me chiffonne, mais peut-être est-ce justement parce que ces criminels ne sont au fond que de vulgaires tordus sans mystère. Peut-être la tension dramatique est-elle si forte pendant tout le livre que forcément, on est un peu déçu que ce ne soit "que ça", finalement, le meurtrier. On s'attend à trouver un monstre, on tombe sur un con. Forcément, ça calme.

Bref, amateurs de bons polars en tous genre, si vous aimez Chattam, King, Connelly, Cornwell et tous les bons auteurs du genre, ajoutez Franck Thilliez à votre bibliothèque si ce n'est déjà fait, c'est du lourd.

Les pages sont de l'édition Pocket.

Une interview du monsieur là :

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