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03 juin 2008
Le bruit et la fureur.
Si je devais garder une image de cette journée, ce serait un black out avec des cris. Les profs qui excluent à tour de bras des jeunes devenus simplement ingérables, qui font tout pour se faire sortir, et aller tagger les murs, cracher sur les interrupteurs, sur les poignées de portes, sortir d'un collège devenu presque une passoire... La vie scolaire débordée, les surveillants bien trop peu nombreux épuisés, plus personne ne communique, personne ne s'entend, et tout le monde commence à hurler, à s'engueuler, pour certains à craquer et à pleurer dans les couloirs, dans les salles de travail. Les jeunes qui s'échauffent et balancent un chariot sur une dame, qui hurlent dans les couloirs, qui se jettent sur les portes, qui se battent, tiens, en voilà un qui en étouffe un autre en lui faisant une clé de bras, je gueule, je passe, pas le temps, un autre de mes élèves, pourtant arrivé par conseil de discipline pour agressivité, qui me demande de le protéger, un groupe de caïds qui l'attend dehors pour le démonter, je renvoie à la vie scolaire, qui ne sait pas quoi faire, ce ne sont que des menaces. Le gamin est terrorisé, tout le monde est impuissant. Un autre gamin se fait écraser violemment la tête par un plus grand contre la vitre de l'entrée.
Alarme incendie, la débandade totale, hurlements administratifs "Où est votre liste d'élèves ? Où est votre liiiiiiste ?" Les gamins se barrent, sautent, se tapent, en profite pour faire des coups bas, hurlent. On remonte en cours, tête basse, la voix éraillée, encore une heure de cours, juste une heure. Puis un conseil de discipline, le gamin renvoyé, mais qu'on aurait voulu aider ; il fait partie d'une bande de petits dealers de drogue connus, qui "suivent des cours" dans l'établissement, il s'est fait embrigader dans la bande, bosse quatre heures par jour pour des clopinettes pour rembourser - quoi, exactement, personne ne le sait. Mais tout le monde sait qu'il est en danger, et dépassé par les événements, qu'il faudrait l'aider, la police est au courant, des signalements pour jeunes en danger ont été faits aux services sociaux, rien n'est fait, personne ne bouge. Mais sa violence n'est plus acceptable en cours, et on va juste s'en débarrasser.
Demain, je reprends mes cours, grammaire, conjugaison, merveille de la littérature qui englobe le monde.
Et je reparle du subjonctif - de l'imparfait.
20:20 Publié dans proferie | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note



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Commentaires
Ce qui m'impressionne toujours, c'est la capacité des professeurs dans les postes chauds à retourner au combat chaque matin, après s'en être pris plein la poire, personnellement ou par personne interposée (collègue agressé ou élève malmené), se raccrochant à leur amour de la discipline -mais est-ce suffisant ? cf. le brillant mais déprimant blog de Ali Devine- ou de l'éducation des p'tits élèves.
C'est une foi de croisé qu'il faut avoir !
Entendre des personnes extérieures au métier critiquer un imaginaire refus des réformes du corps enseignant, alors que nous sommes en première ligne des mutations sociales, et forcés d'y faire face, me donne la nausée.
Je compatis et j'applaudis devant cet héroïsme quotidien, un peu en arrière du front dans mon lycée suffisamment défavorisé pour que je me sente utile, mais pas trop pour que mon influx nerveux et mon enthousiasme ne soient pas entamés.
Bientôt l'armistice - euh, les vacances !
Ecrit par : Jean | 03 juin 2008
Je ne sais pas si c'est terrible ou terrifiant, ou les deux à la fois. ou pire.
Ecrit par : Olivier Autissier | 03 juin 2008
Et soyons très clairs : je ne suis pas dans un établissement considéré comme "très chaud", je suis en ZEP, mais la direction ne cesse de nous seriner que vu le taux de chomage des parents, qui est un des critères de classement, on pourrait très bien sortir de la classification. Que ne nous dirait pas la direction pour nous faire comprendre qu'en fait, nous sommes au Paradis des Profs !
Le jour où on en sort, je mute, même à 200 bornes, parce que des classes comme ça à 30, je me pends direct. Je ne plaisante pas.
Dans la ville où je sévis, il y a deux autres collèges ZEP (Ambition Réussite pour faire education nationalement correct) qui sont réputés être des zoos plus aninalesques... Info ? Intox ? Que ne nous dirait-on pas pour qu'on arrête de râler contre nos conditions de travail... et pour qu'on bosse plus pour... gagner plus ?
Jusqu'où ira-t-on ?
Que faut-il pour comprendre que le problème n'est pas DANS l'école, mais tout autour, et qu'il faut arrêter de croire que c'est DANS L'ECOLE que TOUS ces problèmes vont se règler ?
Ecrit par : shakti | 03 juin 2008
Le quotidien en ZEP pendant la période de fin d'année. Tristement banal. Hélas !
Tout à fait d'accord avec toi quand tu dis que l'école ne peut pas régler tous les problèmes. Mais si dans chaque bahut il y avait une équipe de direction vraiment compétente ça limiterait les dégâts.
J'ai pu constater la différence à l'intérieur d'un même collège. Une année le vrai bordel et l'année suivante, après le changement de l'équipe, un calme relatif. Et surtout les profs étaient écoutés et soutenus en cas de difficultés, alors que l'année précédente les élèves étaient les rois et leur parole sacrée !
Bon courage pour l'imparfait du subjonctif. ;-)
Ecrit par : Boga | 04 juin 2008
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