25 mai 2008

Rêve aseptisé.

Je me suis abonnée à l'édition en ligne de Courrier International, et les ressources sont tout simplement géniales ; 55 euros pour l'année, accès à toutes les archives, une présentation très claire et très pratique, franchement, je ne regrette pas l'abonnement. Une rubrique propose des revues de presse sur l'actu européenne - et pour moi qui ai du mal à bien comprendre ce truc qu'est l'Europe, c'est un bonheur, de trouver des articles classés dans des thématiques claires.

Je me suis bien sûr jetée sur l'actu en Asie, et dès la page d'accueil, on tombe sur un article sur les Tibétains en exil à Dharamsala.

 En ce moment, à Dharamsala, lieu du gouvernement tibétain en exil, à l'initiative d'un homme de 38 ans - qui en affiche 42 devant les dames, car la maturité assurerait le succès, dit-il ;-) - ont lieu les premières olympiades 100 % tibétaines, oragnisées car le drapeau tibétain n'a pas droit de cité à Pékin. Initiative symbolique, qui regroupe pour le moment 20 concurrents, 13 hommes et 7 femmes, tous plus qu'amateurs. Je passe sur l'initiative, qu'on peut trouver pittoresque et anecdotique - tous les concurrents doivent participer à toutes les épreuves, la natation a lieu dans un bassin de moins de 20 mètres de long, sans type de nage imposé, la course de vitesse d'un temple à une auberge, en pleine ville, les javelots sont en bambou, les survêt en acrylique, etc.

Le slogan de ces olympiades est en revanche intéressant : "Un monde, plusieurs rêves" qui fait écho au slogan des JO "One world, one dream". Et je me retrouve tellement plus dans ce pluriel, dans ce rêve d'un monde où on accepte les autres dans leurs différences, plustôt que de rêver à une uniformisation aseptisée, fade, sans racines, sans couleurs, sans histoire, consensuelle et donc forcément exclusive. Quel rêve choisit-on : le rêve de ceux qui massacrent les homosexuels en Afrique du Sud sous prétexte d'une "anormalité" ? Le rêve de ceux pour qui les Tibétains sont un peuple moyennageux qu'il faut à toute force faire entrer dans la modernité laïque et consumériste ? Le rêve de ceux pour qui le bonheur se trouve dans le portefeuille boursier bien garni et qui s'assoient sur le bien-être du plus grand nombre ?

Il n'y a rien de plus fascinant, quand on voyage, que de découvrir ce qu'on fait ailleurs du quotidien et du spirituel, et de se rendre compte qu'on ne détient pas LA vérité - qu'il n'existe pas de Vérité. Sortir de sa vision forcément étriquée du monde est une expérience troublante et merveilleuse. Je trouve donc bien dommage que l'aspiration d'un événement mondial de cette importance soit la méconnaissance de cette richesse de la pluralité fondamentale du monde.