11 juin 2008
la vision sagittale de la civilisation (ouais, j'me la joue j'ai trop de vocabulaire)
Journée formation aujourd'hui, à la Cinémathèque française, parce que je suis une fanatique de l'utilisation et de la création d'images en lien avec le texte dans mes cours.
Cette journée m'a permis de rencontrer une personne extrêment intéressante, un réalisateur (honte à moi, j'ai pas son nom sous la main !) qui m'a donné plein d'idées pour l'an prochain, en matière de création de projets. L'une d'elle est, par exemple, de faire prendre aux gnomes une photo de quelque chose qu'ils aiment ou détestent, et de leur faire faire un montage son où ils espiquent sur la photo pourquoi/pourquoi pas. Les profs qui ont des 4e en français comprendront mon intérêt pour l'histoire.
Moi, ce que j'ai aimé aujourd'hui, c'est ça :
Deux heures de RER m'ont laissé le temps de dévorer l'essai de Norbet Elias publié pour la première fois en 1939, La civilisation des moeurs, qui retrace l'évolution de quelques... habitudes corporelles, dans un premier temps par le biais d'extraits de traités de savoir vivre, puis par une analyse syntéthique où l'auteur tente d'expliquer le pourquoi du comment des phénomènes. Les activités traitées sont par exemple (bien sûr) le sexe (mais franchement, ce fut le chapitre le moins intéressant : il arrive presque en bout de livre et on n'y apprend rien de plus sur les motivations des changements de comportements), le crachat, le pipi-caca, le sommeil (comment on dort : en public, à poil, au milieu du salon...), l'agressivité...
L'idée centrale - étayée - est que les changements viennent toujours de la "classe dominante" (l'aristocratie, puisque l'étude s'arrête à la fin du 18e siècle), qui supporte progressivement de moins en moins la vue tout d'abord des "émanations" corporelles de ses inférieurs, puis de ses pairs. Le mouvement est toujours celui d'une protection de soi des contacts avec les fluides corporels des autres. Ensuite, les classes inférieures, par strates successives, imitent les aristos, et enfin, en tout bout de course, l'ensemble des comportements est assimilé par le surmoi (je crois, je ne maîtrise pas trop cet aspect des choses) qui fait que l'adulte aujourd'hui s'autocensure absolument sans s'en rendre compte dans des domaines comme l'hygiène corporelle, le langage en public (d'où les réactions débiles de rire hystériques si quelqu'un dit "CACA" ou "COUILLE" à un moment jugé inopportun - là, par exemple, vous êtes outré, ou vous souriez, non ?). Bref, ce que nous prenons pour des conventions naturelles ne sont que normales, normées, induites par une évolution des moeurs appelée civilisation.
L'auteur m'a fait sourire en évoquant ces coutumes asiatiques qui permettent toujours de cracher à qui mieux mieux partout (ohhhh doux souvenirs des heures passées dans les bus indiens où les gars crachaient sans arrêt par la fenêtre... EEEuuuurrrrkkkk). Tant il est vrai que même lorsque les risques d'épidémies sont avérés, un mode de vie de se change pas d'un coup de cuillère à pot !
Parents, pensez à éduquer vos gosses ; combien de fois entends-je, de la part de collègues : "Ah mais bon, y sait pas à son age que (au choix) on ne hennit pas en cours / on ne crache pas dans les escaliers (entendu d'un de mes élèves de 14 ans hier : "mais madame, j'ai des glaires, faut bien que j'les crache !") / on ne parle pas de ses poils de cul à table (avant la troisième bouteille de Pouilly). Tout ça non par une loi naturelle, mais parce que l'ensemble de la société considère cela comme choquant.
Et être une personne normale n'est pas un état naturel, mais un état de correspondance à un ensemble de conventions.
Bref, bon bouquin, je n'ai pas envie ce soir, mais je vous livrerai quelques extraits de manuels de savoir vivre à propos de l'art de se moucher dans ses doigts lorsqu'on est à table, ou de cracher lorsqu'on est dans une église, prochainement !
21:47 Publié dans Je lis - je vois - j'écoute | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : elias, civilisation des moeurs


