28 avril 2008
Franck Thilliez (4) : La forêt des ombres.
Troisième note de lecture, rapide, sur un roman de F. Thilliez. Il s'agit ce coup-ci d'un huis-clos qui rappelle, pour le décor, la présence importante de la bibine, et la situation familiale des personnages Shining de Stephen King (indépassable dans le genre !), et pour d'autres aspects (un écrivain, une foldingue...) Misery du même incontournable Stephen King, qui a sans doute fait, en matière d'histoires qui font peur, le tour des situations anxiogènes ! Nombreux clins d'oeils d'ailleurs à ces deux modèles - à d'autres sans doute, de façon très évidente au "héros" du Silence des agneaux :
[On est loin] des Hannibal Lecter du cinéma. Du lissage cinématographique. Ici, tout n'est que furie, une délectation innommable, accouchée de la souffrance et du sadisme. Oter une vie pour un orgasme, déchirer les chairs pour se masturber avec, éclater les crânes et bander quand le sang jaillit. C'est ça, leur réalité ! Quand je pense que les gens en font des objets de culte, des sujets de discussion, bien au chaud dans leur petite vie tranquille. Certains les admirent même, vous imaginez ! (p. 266 ; Pocket).
Mettant le travail de l'écrivain (trop peu exploité à mon goût) sous le regard du lecteur, ce genre de traitement du thriller renvoie évidemment le lecteur à son propre plaisir dans la lecture de ces livres-là. A la part sombre en nous qui frissonne de dégoût et se délecte de la cruauté la plus immonde... Toujours déçue au moment de la confrontation finale, je n'y échappe pas, peut-être tout est-il trop rationnalisé, expliqué : le meurtrier s'explique en long, en large et en travers, sur toutes les raisons et tous les ressorts du pourquoi et du comment, et c'est assez fastidieux. Il manque ce côté Hannibal Lecter pour la folie froide, ou Jack Torrance pour la folie furieuse. Parce qu'on s'en fiche de la réalité, nous ce qu'on veut, c'est des frissons...
Un vrai plaisir toutefois, tout au long du livre : suspense haletant, jeux de pistes, tentation du surnaturel, et jeu de détournement des "grands classiques" du thriller font de ce livre un très bon moment de lecture !
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27 avril 2008
Franck Thilliez (3) : Deuils de miel.
Très beau titre pour le coup pour la suite (et peut-être la fin ?) des aventures de Franck Sharko. J'ai fait la bêtise involontaire de lire celui-ci avant Train d'enfer..., ce qui est un peu dommage pour le suspense de Train d'enfer ; je peux difficilement en dire plus sans spoiler lourdement l'intrigue.
L'histoire est vraiment très prenante, et pour le coup, le personnage du flic devient au moins aussi intéressant que l'enquête criminelle elle-même ; il plonge dans les méandres de l'esprit d'un tueur diabolique, mais, pour des raisons que l'on apprend en partie dès le début du livre, on va, nous aussi, se retrouver pris dans le labyrinthe de l'esprit de Franck... Et ce n'est pas triste, ce qu'il a dans sa caboche cabossée, ce flic-là !
Du grand classique dans les composantes de l'intrigue du thriller, avec tous les ingrédients qu'il faut, dosés comme il faut ; la maîtrise du rythme est impressionnante, on ne s'ennuie jamais, encore un livre-allumettes : un de ceux qu'on lit jusqu'à ce que, tout à coup, on se réveille les lunettes de guiguois sur la truffe ! Avec en plus, ce coup-ci, une belle intrigue mêlée qui se déroule dans la psyché même de Sharko.
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26 avril 2008
Franck Thilliez (2) : Train d'enfer pour ange rouge.
Malgré un titre un peu pourri en apparence, ce premier roman de Franck Thilliez tient toutes les promesses que peut tenir un auteur de thrillers à l'américaine. On y trouve du sexe trash - dans des backrooms SM :
"Première salle, salle de médecine. (...) Au centre, un homme bedonnant, riche en poils, sanglé sur la table tel un porc bien rose. Quatre femmes masquées, déguisées en infirmières, lui flagellaient avec tact les parties sensibles, lui arrachant chaque fois un râle de douleur. Ses bourses enflèrent et son sexe se tendit comme une matraque de CRS. Les officiants disposaient de divers instruments, genre rouleaux à ramollir les pâtes à pizza et, éventuellement, le sexe (...)" (p. 217).
du sang, de la testostérone, des litres de café, un tueur sanguinaire et machiavélique, un flic solide et attachant (Franck Sharko, qu'on retrouve avec le plus grand plaisir dans l'excellentissime Deuils de miel), des larmes, du suspense, de l'amour, de l'amitié, des vannes foireuses - "Vous savez que la pisse de bison, c'est ce qui donne le goût à la vodka ? Sans la pisse, une vodka devient de l'alcool à patates imbuvable." (p. 278), Doudou Camélia et ses transes, une profaïleuse, de la mystique médiévale, et l'incontournable police scientifique.
C'est dans les droites cordes du très bon thriller, mais ça se passe en France, entre la région parisienne (pas loin parfois de Melun - qu'on retrouve aussi dans Deuils de Miel) et le Nord (que j'ai bien du mal à prononcer sans prendre l'accent de Galabru, maintenant !).
L'ensemble est très documenté, chaque chose s'appelle par son nom même si cela défie parfois largement la logique d'ailleurs ; par exemple, un des personnages, un peu fêlé (euphémisme), aime les duels de gladiateurs. Franck Sharko arrive chez lui - Franck est le narrateur de l'histoire - et décrit la scène en ces termes :
"Trois gladiateurs croisaient le fer au centre d'une piste circulaire de sable. Deux d'entre eux, un rétiaire armé d'un filet et d'un trident, et un hoplomaque, équipé d'un lourd bouclier rectangulaire et d'une épée longue, s'érigeaient contre le troisième, un secutor à l'allure plus vive et à l'équipement extrêmement léger." (p. 360).
Peut-être mes lecteurs sont-ils bien plus érudits que je ne le suis, mais je n'ai pas trouvé, dans la vie de Sharko, de raisons à une connaissance aussi pointue de la terminologie des gladiateurs. Parfois aussi, les personnages se mettent à parler "comme des livres", se lançant dans une courte envolée lyrique. M'enfin, ce ne sont que des détails, on dira que l'auteur se fait plaisir ;-)
Le seul moment qui m'a déçue - dans ce roman comme dans Deuils de miel, décidément - c'est le moment de la confrontation avec le meutrier, lorsque celui-ci "explique" le pourquoi du comment au flic. J'espère ne pas trahir un trop grand secret en disant qu'à la -presque- fin du bouquin, les deux sont amenés à tailler une bavette. Cette bavette manque cruellement de... je ne sais pas... de crédibilité, ou de relief, j'ai du mal à déterminer ce qui me chiffonne, mais peut-être est-ce justement parce que ces criminels ne sont au fond que de vulgaires tordus sans mystère. Peut-être la tension dramatique est-elle si forte pendant tout le livre que forcément, on est un peu déçu que ce ne soit "que ça", finalement, le meurtrier. On s'attend à trouver un monstre, on tombe sur un con. Forcément, ça calme.
Bref, amateurs de bons polars en tous genre, si vous aimez Chattam, King, Connelly, Cornwell et tous les bons auteurs du genre, ajoutez Franck Thilliez à votre bibliothèque si ce n'est déjà fait, c'est du lourd.
Les pages sont de l'édition Pocket.
Une interview du monsieur là :
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25 avril 2008
Franck Thilliez (1).
J'ai découvert Franck Thilliez comme je découvre beaucoup d'auteurs que j'ai adorés : par hasard. Au gré d'un plongeage de truffe dans une pile de polars en librairie, je tombe sur un titre accrocheur, une couv. engageante, une 4e de couv. alléchante, une petite critique flatteuse, il ne m'en faut pas plus : j'achète, j'emporte, je dévore, je frémis, je finis, j'écris.
La première qualité de Franck Thilliez est qu'il est beau. (Quoi ? Je lis bien Stephen King, faut équilibrer). Et comme tous les auteurs beaux, il n'hésite pas à mettre sa trombine en deuxième de couv, en polo noir, sourire mi-figue mi-assassin. Il a un faux air de Manuel Valls, ce qui me le rend d'emblée éminemment sympathique. Et puis, il n'a que trois ans de plus que moi, du coup, une pointe de jalousie aiguillonne ma lecture.... ce qui rend mon admiration - croissante - d'autant plus intense.
Je suis une lectrice hyper assidue de polars, de thrillers, de romans noirs, de romans policiers et de tous les sous-genres du genre "fais-moi peur avec ton enquête". J'avoue toutefois un faible réel pour le thriller, les histoires de tueurs en série machiavéliques, les héros récurrents, la police scientifique qui dissèque - que j'ai aimé les aventures de Kay Scarpetta ! - la cruauté crue des mises en scène morbides, le dévidage d'un écheveau machiavéliquement enchevêtré d'un esprit malade mais brillant, et l'intrusion du fantastique, du surnaturel mâtiné de psychiatrie, l'une et l'autre hypothèses qu'on ne parvient jamais totalement à écarter pour de bon, les références artistiques tour à tour célèbres et obscures, la religion détournée par des esprits malades... J'ai adoré Seven, Usual Suspects, Le silence des agneaux, pour prendre des exemples cinématographiques - et littéraires en amont - connus.
Franck Thilliez mêle harmonieusement une écriture intelligente, fine - malgré des ampoulades et des lourdeurs qui me le rendent finalement sympathique, je détaillerai dans les articles à venir - un travail très minutieux, redoutable, sur l'enchaînement des événements, et aussi une intelligence rare du personnage. J'aime beaucoup les héros indesctructibles que ce type de romans fait évoluer en général, dont les failles n'en sont jamais vraiment, qui en tout cas gardent plus de marbre dans leur âme que de fêlures. Franck Tilliez ose pousser la fêlure du héros non pas jusqu'à l'absurde, mais jusqu'au réel le plus pathétique.
Demain, un aperçu de Train d'enfer pour Ange rouge...
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